Mitchka fait partie de ces voies dont le topo n'est jamais très loin. La plupart du temps cachée, comme si on osait à peine en rêver, la photo de la face sud de la Meije refait parfois irruption à l'angle d'une commode ou au détour d'une conversation. Au fil des années, ce rêve de gosse est devenu un projet - ambitieux certes mais envisageable. Les créneaux avortés ont été nombreux pour cause de météo caniculaire ou de petits bobos. Cette année, l'idée de s'aventurer dans cette voie avait suffisamment germé et je me sentais prête à la gravir en deux jours, comme le font la plupart des cordées.
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| Topo fait par Nicole |
En discutant avec Pack du projet, il m'avoua que cette voie figurait aussi sur sa "To Do List". Il lança une idée qui ne m'avait même pas effleuré l'esprit : réaliser cette voie à la journée. D'abord sceptique, j'ai finalement dû reconnaître qu'après notre aventure dans les Drus ce printemps, et notre ascension express de la voie Lesueur, l'hypothèse méritait au moins d'être étudiée. Un peu de chemin allait encore être nécessaire pour se sentir prête !
Jour J
Les tergiversations sont derrière nous. Nous nous enfuyons en direction de la face sud de la Meije, au clair de lune. Les cordes fixes à disposition nous facilitent franchement la tâche. En quelques heures, nous sommes au pied de la voie.
Après une mise en route laborieuse pour trouver le départ de la première longueur, nous trouvons notre rythme et les longueurs se succèdent. Sans matériel de bivouac, nous savons tous les deux que les minutes gaspillées seront notre ennemie aujourd'hui.
Il fait frais mais le soleil ne tarde pas à venir nous réchauffer. La concentration fait rapidement taire les doutes jusqu'alors incessants. Grimper, hisser, assurer... puis recommencer. L'équipement est très hétérogène. Certaines longueurs sont très équipées. Spits et pitons se succèdent et protègent les passages les plus raides. Dans d'autres longueurs, il faut quitter sa casquette de grimpeur pour enfiler celle d'alpiniste : chercher l'itinéraire, se protéger, s'adapter. Et surtout : démêler les cordes neuves qui s'emmêlent à toutes les longueurs et mettent nos nerfs à rude épreuve...
Progressivement, la voie révèle tout son caractère et tient ses promesses. Les longueurs sont d'une variété incroyable. Des dalles sculptées succèdent à des dièdres raides et des fissures de toutes les tailles. Le granite est souvent exceptionnel (surtout pour les Écrins !), compact et sculpté, offrant une escalade athlétique et étonnamment moderne. À mesure que nous prenons de la hauteur, le vide s'ouvre sous nos pieds. Les glaciers s'éloignent, les vallées deviennent minuscules et le monde d'en bas semble disparaître. Le silence s'est emparé des lieux. Il ne reste plus que le bruit métallique des mousquetons et quelques chutes de pierres qui rompent parfois le silence.
Après 7 heures de grimpe, nous atteignons le relais de la dernière longueur de notre voie. Il nous reste encore une petite heure pour sortir au sommet du Grand Pic par la Pierre-Allain.
Aujourd'hui, les choses se sont alignées. J'ai la sensation d'avoir laissé parler mon corps et d'avoir grimpé à l'instinct, portée par notre cordée bien rodée. À l'image du bon vin, les années durant lesquelles ce projet a mûri ne font que bonifier la saveur de sa réussite. Un vent de nostalgie souffle déjà presque au sommet. L'investissement et les sacrifices pour barouder et progresser en montagne peuvent parfois sembler déraisonnables ou excessifs. Ils prennent pourtant là tout leur sens. Ces quelques instants suspendus ne sont pas près de s'échapper de notre mémoire ! Mitchka fait partie de ces itinéraires qui ont alimenté mes rêves d'adolescente, imprégnée par mes saisons d'aide-gardienne au refuge de la Bérarde. Il va falloir un peu de temps pour assimiler ce qu'il vient de se passer. Il est 15h et une longue descente nous attend.
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| En rappel dans la muraille Castelnau |











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