Salam Morocco

Au cours du voyage, j'ai fait suivre un petit carnet pour immortaliser ces aventures marocaines. Je retranscris mes notes ici. Bien-sûr, ce ne sont que des bribes d'instants précieux, des gribouillages de voyage, des moments notés à la volée, à travers les yeux de la voyageuse novice que je suis ! 

Sept heures de bus sont devant nous. Je crois qu'il est grand temps d'entamer ce carnet. Sur la route cabossée entre Marrakech et Tinghir, j'écris (non sans difficultés) ces quelques lignes en guise d'introduction. Un nouveau chapitre s'ouvre et rien n'est écrit à l'avance. Nous-même ne savons pas de quoi demain sera fait.
Au fur et à mesure du voyage, les mots garniront les pages blanches pour combler le vide de ce carnet tout neuf. Au rythme de l'excursion, j'archiverai mes pensées à l'état brut, sans filtre ni amplification. Le mot d'ordre sera celui de la simplicité afin que chacun(e), à travers ces quelques phrases, puisse voyager à sa manière.

Petit avant-goût de ce qui nous attend... Aquarelle de Camille faite grâce à une photo de Taghia.

Marrakech, ville au mille visages :

Immergée dans un monde qui n'est pas le mien, je découvre avec émerveillement les paysages qui seront le support des deux prochaines semaines.

Marrakech fait partie de ces villes en ébullition, qui tournent à mille à l'heure. Entraînée par les coups de klaxons, je fais mes premiers pas dans cet endroit hors du commun. C'est une véritable ruche !
Les voitures déboulent à toute vitesse, les motos slaloment au milieu de la foule, les passages piétons ne sont là que pour décorer... En bref, le code de la route est un concept abstrait ! Je devrais peut-être passer mon permis au Maroc ! ;)
En s'enfonçant dans les ruelles, je fais un bond dans mon enfance et me téléporte dans le pays d'Alladin. A un détail près, nous n'avons pas de tapis magique pour survoler le souk et devons se faufiler à travers la foule. Objectif : ne perdre personne. C'est raté puisqu'au bout de 50m, nous sommes déjà divisées. Des pauses fréquentes s'imposent pour faire l'appel.
- "Camille ? Laura ? Julie ? Charlotte ? Pauline ? Lara ? Ilona ?"
- "Présentes !"
La classe est au complet, nous pouvons repartir pour... 25m où nous réitérons l'action !


On a craqué !!!

Paradoxalement à ce chahut incessant, nous entendons résonner pour la première fois du voyage l'appel à la prière. Nous sommes en période de ramadan et les prières collectives ont lieu plusieurs fois par jour (et par nuit). En un clin d'œil, le bazard s'ordonne. Les gens se dirigent vers la mosquée ou prient sur leur lieux de travail, chez eux ou même dans la rue. La religion rythme leur vie et est l'essence même de ces Hommes. Nous en discutons avec un commerçant, non loin de la grnade place : "un bon musulman est avant tout une personne qui fait le bien autour d'elle. La religion nous pousse à être meilleur.".

Ces phrases résonnent dans ma tête. Je suis impressionnée par la foi inébranlable qui habite ces gens. Leur gentillesse, leur bienveillance, leur chaleureusité... Tant d'aspects implantés dans leur culture (et quasiment inexistants en France) qui rendent ce pays fabuleux !

Je découvre cette religion sous un tout autre angle que celui que l'on nous donne en France. Loin des amalgames qui sont faits par les politiques français, je suis heureuse de découvrir par moi-même toutes les facettes de cette culture !        

A la découverte des gorges de Todgha :
Trois jours se sont déjà écoulés depuis que nous sommes arrivés dans les Gorges de Todgha. Brahim, notre hôte, nous a accueilli comme des reines dans sa grande maison (gîte Dartiwira) ! Toute sa famille oeuvre pour que nous passions un bon séjour.

En parallèle, nous apprivoisons tranquillement le calcaire abrasif des gorges qui malmène la peau de nos doigts. Chacune repart avec un petit souvenir des voies. L'une l'index en sang, l'autre le pouce. Certaines moins délicates repartent même avec un joli trou dans le pantalon.
Habituellement, Todgha est un lieu très touristique. Nous nous sentons chanceuses d'être quasiment seules dans ces grands espaces.
J1 : Hannah chez les grands à la Paroi du Levant
J2 : SmoufonWeb au Pilier du Couchant
J3 : Voie Abert au Pilier du Couchant 

(PS : méfiance avec les topos pas toujours justes. Les cotations sont plutôt à prendre au sérieux !)




Palabrer ou forcer, pas besoin de choisir dans la Abert :

Cap vers le pilier du couchant en compagnie de Lara. Hier soir, nous avons longuement hésité entre deux voies :

- La Classique (6a costaud équipé), que Lara a faite la veille avec les filles
- La Abert (6b costaud et semi-équipé) qui rendait nos mains moites rien qu'en lisant le topo.
Nous optons pour la deuxième option. Nous n'avons pas tous les jours la chance d'être là alors il faut en profiter !
Je prends la tête dans les quatre premières longueurs. Elles sont bien équipées mais il ne vaut mieux pas être adepte du spit tous les mètres. Le caillou est toujours aussi bon et offre une infinité de préhension à serrer. Néanmoins, gare à celui qui serre trop fort ! Il risquerait de s'en tirer avec les mains toutes amochées.
Au bout de deux heures, nous sommes déjà à la moitié de la voie. Nous malmenons nos cordes vocales qui sont d'ailleurs plus fatiguées que nos biceps. A ce rythme là, nous serons à l'heure pour l'apéro !
J'en profite pour photographier la mannequin rattachée à l'autre bout de la corde. Les marques de parfum n'ont qu'à bien se tenir ! Elles ne pourront pas rivaliser avec nos clichés. Caillou orangé, ciel bleu azur, fleurs printanières et surtout... Mensurations parfaites de la grimpeuse ! On pourrait également mentionner sa coiffure inégalable (même en passant entre les mains des meilleurs coiffeurs français) ou encore son look à la pointe de la modernité !

  

C'est ensuite à elle de passer devant. L'équipement se raréfie et la recherche d'itinéraire devient complexe. En élève modèle (préparant son bac de français), je tente de décrypter les longueurs. Seulement, le topo est INCOMPRÉHENSIBLE. Nous avons beau lire, relire, rerelire... Nous ne sommes pas plus avancées qu'à la première lecture.
Finalement, elle se dépatouille comme elle peut. A certains moments, elle a tout de même besoin de se concentrer (ce qui est rare) pour surmonter quelques pas exigeants.

Après trois bonnes heures de bartasse et grâce à la ténacité de Lara, nous arrivons enfin au sommet du pilier du couchant. Embarquées dans nos blablatages incessants, ce n'est qu'une bonne heure plus tard que nous tournons les talons pour rejoindre le reste de l'équipe.

Les apprentis randonneuses dans le Haut-Atlas :
Le temps s'écoule à toute vitesse ! Je n'ai pas beaucoup de temps pour écrire.
Ce matin, il est déjà l'heure de dire au revoir à Brahim chez qui nous aurons passé des moments merveilleux ! Un petit sentiment nostalgique plane dans l'air même s'il est vite remplacé par l'impatience et la curiosité des jours futurs.
Deux muletiers et trois mules nous attendent devant le pas de la porte. La communication risque d'être compliquée car ce sont des berbères qui ne parlent pas un mot de français. En s'élevant au-dessus des gorges, nous croisons parfois des nomades qui descendent chercher de l'eau. Un mélange d'admiration et de culpabilité m'anime lorsque je vois leurs sandales toutes trouées. Nous prenons progressivement de l'altitude et évoluons dans des paysages de plus en plus désertiques. Il n'y a aucune source d'eau et très peu de végétation. Les dunes arides sont visibles à perte de vue et se confondent au loin avec le bleu du ciel. Nous sommes seuls au monde, mis à part quelques fourmis qui se réjouissent de notre pause pique-nique.
Le ciel s'assombrit à mesure que la journée avance. Laura, qui me faisait un cours sur les nuages quelques heures plus tôt, a attiré les cumulonimbus. Vers 18h, nous montons le bivouac sous les gouttelettes de pluie que nous n'avions encore jamais vues dans ce pays !



Première nuit en bivouac



Deuxième nuit au gîte à Oussikiss


Salam Taghia (Lundi 25 avril) :

Il est 15h quand nous passons le sommet du Timrazin (3300m). La silhouette lointaine du petit village de Taghia émerge enfin dans le fond de la vallée ! Nous sommes en route depuis 5h du matin et avons laissé Oussikiss derrière nous. Les paysages, jusque là secs et désertiques, sont aujourd'hui devenus plus végétalisés. L'eau est réapparue comme par magie.




En basculant derrière la ligne de crête du Timrazin, le paysage change radicalement et est digne des plus grands tableaux de peinture. L'herbe verdoyante brûle nos rétines ! La présence d'arbres et de fleurs en est presque déstabilisante tant nous avions oublié à quoi ça ressemblait !



J'étais loin d'imaginer que mettre un pied devant l'autre pendant des heures et des heures, kilomètres après kilomètres, serait la source de tant d'émerveillement. Les montres se sont arrêtées (sauf celle de Camille, adepte de strava). Seuls nos corps ont imposé un rythme. Vagabonder dans cet endroit magique, hors du temps et loin de tout, a aussi démontré qu'un groupe de sept nanas ne tombe jamais en panne de sujets de conversation...
Merci les filles pour ces discussions, devinettes et débats passionnants qui ont fait passer ces longues heures de marche à toute vitesse !
Il est grand temps de mettre en route les pattes avants et donner congés à nos pattes arrières qui en ont bien besoin (70km et 4000m de d+) !

Rêve d'Aïcha :
Après une bonne nuit de sommeil, nous nous dirigeons tranquillement vers la voie du jour. L'heureuse élue n'est qu'à une dizaine de minutes du gîte. Ça n'est plus qu'un jeu d'enfant après l'entraînement intensif que nous avons subi ces derniers jours.
Les cordées se forment mais sont remaniées à partir de la deuxième longueur. Les points sont assez espacés et bien que l'équipement soit en parfait état, des entorses du mental liées entre autres à la peur et à la fatigue se propagent à toute vitesse dans l'équipe. Là, être sponsorisé par Kleenex n'aurait pas été de trop pour essuyer toutes les larmes de la matinée !
Bien qu'une remobilisation des troupes ait été nécessaire, chacune a ensuite pu se dépasser à sa manière dans les belles longueurs de 6 : en lead, en second, en artif, en solo... Ne nous sous-estimez pas en termes d'innovation ! Notre créativité est débordante. Nous nous souviendrons un moment de cette voie forte en émotions !
Julie dans L2


Demain, il faudra déjà repartir en direction de Marrakech. :(

Sur le chemin du retour :
Les sacs sont bouclés et les mules chargées, nous voilà en chemin pour Zaouia. Une belle dernière voie au-dessus du village (qui est une révélation pour certaines !) clôture nos aventures sur ce territoire.


Visite d'une cazba à Zaouia



Un passage obligé au Souk termine d'abattre les troupes. Nous ne sommes plus que des loques errant dans Marrakech... Il est temps de rentrer à la maison !
En ce qui concerne le repos, on attendra les prochaines vacances. Retour en cours ce lundi après trois petites heures de sommeil sur le sol de l'aéroport Bruxellois entre deux avions.

Un grand merci à Lara qui est à l'origine du projet ainsi qu'au reste de l'équipe pour ces moments de vie partagés.
BIG UP à Laura qui nous a fait de superbes photos tout au long du séjour.
La photographe en action

Merci les filles ! <3