Salam Morocco

Au cours du voyage, j'ai fait suivre un petit carnet pour immortaliser ces aventures marocaines. Je retranscris mes notes ici. Bien-sûr, ce ne sont que des bribes d'instants précieux, des gribouillages de voyage, des moments notés à la volée, à travers les yeux de la voyageuse novice que je suis ! 

Sept heures de bus sont devant nous. Je crois qu'il est grand temps d'entamer ce carnet. Sur la route cabossée entre Marrakech et Tinghir, j'écris (non sans difficultés) ces quelques lignes en guise d'introduction. Un nouveau chapitre s'ouvre et rien n'est écrit à l'avance. Nous-même ne savons pas de quoi demain sera fait.
Au fur et à mesure du voyage, les mots garniront les pages blanches pour combler le vide de ce carnet tout neuf. Au rythme de l'excursion, j'archiverai mes pensées à l'état brut, sans filtre ni amplification. Le mot d'ordre sera celui de la simplicité afin que chacun(e), à travers ces quelques phrases, puisse voyager à sa manière.

Petit avant-goût de ce qui nous attend... Aquarelle de Camille faite grâce à une photo de Taghia.

Marrakech, ville au mille visages :

Immergée dans un monde qui n'est pas le mien, je découvre avec émerveillement les paysages qui seront le support des deux prochaines semaines.

Marrakech fait partie de ces villes en ébullition, qui tournent à mille à l'heure. Entraînée par les coups de klaxons, je fais mes premiers pas dans cet endroit hors du commun. C'est une véritable ruche !
Les voitures déboulent à toute vitesse, les motos slaloment au milieu de la foule, les passages piétons ne sont là que pour décorer... En bref, le code de la route est un concept abstrait ! Je devrais peut-être passer mon permis au Maroc ! ;)
En s'enfonçant dans les ruelles, je fais un bond dans mon enfance et me téléporte dans le pays d'Alladin. A un détail près, nous n'avons pas de tapis magique pour survoler le souk et devons se faufiler à travers la foule. Objectif : ne perdre personne. C'est raté puisqu'au bout de 50m, nous sommes déjà divisées. Des pauses fréquentes s'imposent pour faire l'appel.
- "Camille ? Laura ? Julie ? Charlotte ? Pauline ? Lara ? Ilona ?"
- "Présentes !"
La classe est au complet, nous pouvons repartir pour... 25m où nous réitérons l'action !


On a craqué !!!

Paradoxalement à ce chahut incessant, nous entendons résonner pour la première fois du voyage l'appel à la prière. Nous sommes en période de ramadan et les prières collectives ont lieu plusieurs fois par jour (et par nuit). En un clin d'œil, le bazard s'ordonne. Les gens se dirigent vers la mosquée ou prient sur leur lieux de travail, chez eux ou même dans la rue. La religion rythme leur vie et est l'essence même de ces Hommes. Nous en discutons avec un commerçant, non loin de la grnade place : "un bon musulman est avant tout une personne qui fait le bien autour d'elle. La religion nous pousse à être meilleur.".

Ces phrases résonnent dans ma tête. Je suis impressionnée par la foi inébranlable qui habite ces gens. Leur gentillesse, leur bienveillance, leur chaleureusité... Tant d'aspects implantés dans leur culture (et quasiment inexistants en France) qui rendent ce pays fabuleux !

Je découvre cette religion sous un tout autre angle que celui que l'on nous donne en France. Loin des amalgames qui sont faits par les politiques français, je suis heureuse de découvrir par moi-même toutes les facettes de cette culture !        

A la découverte des gorges de Todgha :
Trois jours se sont déjà écoulés depuis que nous sommes arrivés dans les Gorges de Todgha. Brahim, notre hôte, nous a accueilli comme des reines dans sa grande maison (gîte Dartiwira) ! Toute sa famille oeuvre pour que nous passions un bon séjour.

En parallèle, nous apprivoisons tranquillement le calcaire abrasif des gorges qui malmène la peau de nos doigts. Chacune repart avec un petit souvenir des voies. L'une l'index en sang, l'autre le pouce. Certaines moins délicates repartent même avec un joli trou dans le pantalon.
Habituellement, Todgha est un lieu très touristique. Nous nous sentons chanceuses d'être quasiment seules dans ces grands espaces.
J1 : Hannah chez les grands à la Paroi du Levant
J2 : SmoufonWeb au Pilier du Couchant
J3 : Voie Abert au Pilier du Couchant 

(PS : méfiance avec les topos pas toujours justes. Les cotations sont plutôt à prendre au sérieux !)




Palabrer ou forcer, pas besoin de choisir dans la Abert :

Cap vers le pilier du couchant en compagnie de Lara. Hier soir, nous avons longuement hésité entre deux voies :

- La Classique (6a costaud équipé), que Lara a faite la veille avec les filles
- La Abert (6b costaud et semi-équipé) qui rendait nos mains moites rien qu'en lisant le topo.
Nous optons pour la deuxième option. Nous n'avons pas tous les jours la chance d'être là alors il faut en profiter !
Je prends la tête dans les quatre premières longueurs. Elles sont bien équipées mais il ne vaut mieux pas être adepte du spit tous les mètres. Le caillou est toujours aussi bon et offre une infinité de préhension à serrer. Néanmoins, gare à celui qui serre trop fort ! Il risquerait de s'en tirer avec les mains toutes amochées.
Au bout de deux heures, nous sommes déjà à la moitié de la voie. Nous malmenons nos cordes vocales qui sont d'ailleurs plus fatiguées que nos biceps. A ce rythme là, nous serons à l'heure pour l'apéro !
J'en profite pour photographier la mannequin rattachée à l'autre bout de la corde. Les marques de parfum n'ont qu'à bien se tenir ! Elles ne pourront pas rivaliser avec nos clichés. Caillou orangé, ciel bleu azur, fleurs printanières et surtout... Mensurations parfaites de la grimpeuse ! On pourrait également mentionner sa coiffure inégalable (même en passant entre les mains des meilleurs coiffeurs français) ou encore son look à la pointe de la modernité !

  

C'est ensuite à elle de passer devant. L'équipement se raréfie et la recherche d'itinéraire devient complexe. En élève modèle (préparant son bac de français), je tente de décrypter les longueurs. Seulement, le topo est INCOMPRÉHENSIBLE. Nous avons beau lire, relire, rerelire... Nous ne sommes pas plus avancées qu'à la première lecture.
Finalement, elle se dépatouille comme elle peut. A certains moments, elle a tout de même besoin de se concentrer (ce qui est rare) pour surmonter quelques pas exigeants.

Après trois bonnes heures de bartasse et grâce à la ténacité de Lara, nous arrivons enfin au sommet du pilier du couchant. Embarquées dans nos blablatages incessants, ce n'est qu'une bonne heure plus tard que nous tournons les talons pour rejoindre le reste de l'équipe.

Les apprentis randonneuses dans le Haut-Atlas :
Le temps s'écoule à toute vitesse ! Je n'ai pas beaucoup de temps pour écrire.
Ce matin, il est déjà l'heure de dire au revoir à Brahim chez qui nous aurons passé des moments merveilleux ! Un petit sentiment nostalgique plane dans l'air même s'il est vite remplacé par l'impatience et la curiosité des jours futurs.
Deux muletiers et trois mules nous attendent devant le pas de la porte. La communication risque d'être compliquée car ce sont des berbères qui ne parlent pas un mot de français. En s'élevant au-dessus des gorges, nous croisons parfois des nomades qui descendent chercher de l'eau. Un mélange d'admiration et de culpabilité m'anime lorsque je vois leurs sandales toutes trouées. Nous prenons progressivement de l'altitude et évoluons dans des paysages de plus en plus désertiques. Il n'y a aucune source d'eau et très peu de végétation. Les dunes arides sont visibles à perte de vue et se confondent au loin avec le bleu du ciel. Nous sommes seuls au monde, mis à part quelques fourmis qui se réjouissent de notre pause pique-nique.
Le ciel s'assombrit à mesure que la journée avance. Laura, qui me faisait un cours sur les nuages quelques heures plus tôt, a attiré les cumulonimbus. Vers 18h, nous montons le bivouac sous les gouttelettes de pluie que nous n'avions encore jamais vues dans ce pays !



Première nuit en bivouac



Deuxième nuit au gîte à Oussikiss


Salam Taghia (Lundi 25 avril) :

Il est 15h quand nous passons le sommet du Timrazin (3300m). La silhouette lointaine du petit village de Taghia émerge enfin dans le fond de la vallée ! Nous sommes en route depuis 5h du matin et avons laissé Oussikiss derrière nous. Les paysages, jusque là secs et désertiques, sont aujourd'hui devenus plus végétalisés. L'eau est réapparue comme par magie.




En basculant derrière la ligne de crête du Timrazin, le paysage change radicalement et est digne des plus grands tableaux de peinture. L'herbe verdoyante brûle nos rétines ! La présence d'arbres et de fleurs en est presque déstabilisante tant nous avions oublié à quoi ça ressemblait !



J'étais loin d'imaginer que mettre un pied devant l'autre pendant des heures et des heures, kilomètres après kilomètres, serait la source de tant d'émerveillement. Les montres se sont arrêtées (sauf celle de Camille, adepte de strava). Seuls nos corps ont imposé un rythme. Vagabonder dans cet endroit magique, hors du temps et loin de tout, a aussi démontré qu'un groupe de sept nanas ne tombe jamais en panne de sujets de conversation...
Merci les filles pour ces discussions, devinettes et débats passionnants qui ont fait passer ces longues heures de marche à toute vitesse !
Il est grand temps de mettre en route les pattes avants et donner congés à nos pattes arrières qui en ont bien besoin (70km et 4000m de d+) !

Rêve d'Aïcha :
Après une bonne nuit de sommeil, nous nous dirigeons tranquillement vers la voie du jour. L'heureuse élue n'est qu'à une dizaine de minutes du gîte. Ça n'est plus qu'un jeu d'enfant après l'entraînement intensif que nous avons subi ces derniers jours.
Les cordées se forment mais sont remaniées à partir de la deuxième longueur. Les points sont assez espacés et bien que l'équipement soit en parfait état, des entorses du mental liées entre autres à la peur et à la fatigue se propagent à toute vitesse dans l'équipe. Là, être sponsorisé par Kleenex n'aurait pas été de trop pour essuyer toutes les larmes de la matinée !
Bien qu'une remobilisation des troupes ait été nécessaire, chacune a ensuite pu se dépasser à sa manière dans les belles longueurs de 6 : en lead, en second, en artif, en solo... Ne nous sous-estimez pas en termes d'innovation ! Notre créativité est débordante. Nous nous souviendrons un moment de cette voie forte en émotions !
Julie dans L2


Demain, il faudra déjà repartir en direction de Marrakech. :(

Sur le chemin du retour :
Les sacs sont bouclés et les mules chargées, nous voilà en chemin pour Zaouia. Une belle dernière voie au-dessus du village (qui est une révélation pour certaines !) clôture nos aventures sur ce territoire.


Visite d'une cazba à Zaouia



Un passage obligé au Souk termine d'abattre les troupes. Nous ne sommes plus que des loques errant dans Marrakech... Il est temps de rentrer à la maison !
En ce qui concerne le repos, on attendra les prochaines vacances. Retour en cours ce lundi après trois petites heures de sommeil sur le sol de l'aéroport Bruxellois entre deux avions.

Un grand merci à Lara qui est à l'origine du projet ainsi qu'au reste de l'équipe pour ces moments de vie partagés.
BIG UP à Laura qui nous a fait de superbes photos tout au long du séjour.
La photographe en action

Merci les filles ! <3



Classe blanche en Maurienne

"Prenez une salle de classe ordinaire et ouvrez grand les fenêtres. Le vent envoie alors valser la moindre feuille de cours qui traîne sur les bureaux. Les rafales vous obligent à retirer les tables et les chaises de la salle. Par sécurité, vous équipez vos élèves de casques et de masques pour les protéger des projections de stylos et de craies qui pourraient survenir à tout moment. Des grosses doudounes et des gants chauds leur sont aussi distribués pour résister au froid qui envahit aussitôt les lieux. Il est à ce moment là préférable de troquer les sacs de cours pour de bons gros sacs de montagne ! 

Malgré votre acharnement, l'imprimante fait aussi des siennes et refuse délibérément d'imprimer la leçon du jour. Pire que cela, elle crache instantanément une vingtaine de cartes bizarres et illisibles, remplies de traits et de couleurs qui piquent les yeux et donnent le tournis. Il faudra faire avec...

A ce moment même, vos élèves ont déjà la tête pleine d'idées ! Comptez sur leur créativité pour vous épater..."

Voilà ce que s'imaginent les gens lorsqu'ils voient débouler devant eux, une classe (que dis-je, un troupeau !) de vingt ados au fin fond de la Maurienne. Nous voyant remonter les pistes de la station d'Aussoi en ski de randonnée, ce scénario se trouve être le plus probable dans l'imaginaire (très) créatif des gens.

Pourtant, c'est une journée hivernale des plus banales pour notre section. Nous chaussons les skis pendant que d'autres préparent leur bac. Chacun ses choix :)

Le sujet n'est pas là et il faut dire que ma préoccupation première est tout autre... Il parraît que,  d'après les dires objectifs des Tarins, la Maurienne (vallée voisine) est considérée comme le "côté obscur" de la Vanoise. Cette doctrine se doit d'être réfutée... Je vous laisse vous faire votre avis en regardant les belles photos de Timothée, photographe en devenir. 

Lundi 21 mars 2022

Le refuge de la Dent Parrachée est la première étape de notre raid. A peine les skis aux pieds, l'excitation bat son plein et est comparable à une veille de vacances. Les poids des sacs, chargés pour quatre jours, nous font vite redescendre mais rien ne vient altérer la bonne humeur collective. Rapidement, nous croisons quelques skieurs à sens inverse mais le manque de neige a ralenti considérablement l'activité. Résultat des courses : nous sommes quasi seuls, remontant les pistes de ski alpin, pendant que des dizaines de télésièges fonctionnent autour de nous sans qu'une place ne soit occupée... Sacré sport ! Il faut reconnaître que nous avons le temps de discuter de tout et de rien, de partager nos dernières aventures montagnardes ou encore de parler de nos futurs projets.  Finalement, la rando qui s'annonçait longue ne l'est plus assez pour nous faire taire...

Arrivés au refuge, une révision des manips s'impose en prévision du lendemain. Noeuds et encordements sont passés au peigne fin même si avec Pascal, notre guide pour cette semaine, les peignes sont plutôt épais !

Suite à cela, nous envahissons les lieux et le gardien commence déjà à regretter le fait qu'on nous ait mis sur sa route ;) Chacun se précipite pour avoir la plus belle place, le meilleur lit ou la plus grosse couverture. Quoiqu'il en soit, ce refuge a tout d'un hôtel de luxe. A un détail près... Le tuyau qui alimente le refuge en eau à geler !


Mardi 22 mars 2022

Après une bonne nuit de sommeil, il est grand temps de visiter les alentours. Aujourd'hui, nous atteindrons le col du Moine par le lac du Génépy. Là, une petite course d'arête située juste au-dessus nous occupera pour le restant de l'après-midi. En guise d'échauffement, le gardien nous confie une mission : monter les 10 bidons vides à la source, cent mètres en contre-haut du refuge, pour rapporter de l'eau ce soir pour le repas. Aussitôt dit, aussitôt fait ! Voilà que dix bidons se retrouvent accrochés autour de Milan et n'attendent plus qu'à être tracté.



Toute la troupe prend un petit rythme au fil du dénivelé avalé. Le dicton "doucement mais sûrement" est fait sur mesure pour nous ! Quelques haltes au cours desquelles nous mettons, enlevons, remettons, ré-enlevons... les couteaux, permettent à Pascal de philosopher sur le sens de la vie et de nous entraîner dans sa révolte contre la société, la politique et tout ce qui prête à débat. La pente se redresse légèrement sous le col et c'est à la file indienne que nous continuons de progresser. Le vent indique la direction : plus ça souffle, plus on se rapproche ! Nous déposons les skis sous l'arête et débutons la grimpette encordée. S'il y a bien une leçon à tirer de cette situation, c'est de ne jamais sous-estimer l'INERTIE de groupe ! Tels des himalayistes sur l'arête sommitale du K2, nous progressons pas à pas (avec un certain temps entre chaque pas). Nous arrivons tout de même au sommet que nous baptisons à l'unanimité "pointe de la section".



Sur le retour, l'un d'entre nous a le malheur d'ouvrir sa bouche : "Eh si on skiait encordés ?!". Pascal en profite aussitôt pour rebondir sur cette proposition initialement remplie de second degré : "Ah oui super idée, c'est très important de savoir skier encordé. Allez faites les cordées...". Moment de flottement dans l'équipe... "Non on ne va quand même pas faire ça ???" pensons nous tous silencieusement dans nos têtes... Et si, Pascal l'imprévisible a encore frappé !

Après cette expérience quelque peu inhabituelle, nous remplissons les bidons d'eau déposés quelques heures plus tôt au réservoir. De retour au refuge, l'odeur alléchante des crêpes a réveillé notre appétit... Il n'a pas fallu plus de dix minutes pour que chacun est rangé l'intégralité de son matériel et se retrouve à faire la queue. Quelle bande de morfales ! Le gardien s'apprête à faire son meilleur chiffre d'affaires en une après-midi.

Mercredi 23 mars 2022

Les sacs remplis à bloc, nous décollons du refuge de la Dent Parrachée en file indienne. Une dernière pensée pour ce joli refuge traverse mon esprit puis il est déjà l'heure de penser au suivant, celui de ce soir : le refuge du Fond d'Aussoi. Il y a pourtant encore du trajet avant d'être à ce soir ! Le Grand Roc nous attend et nous ne tardons pas à planifier notre itinéraire. Quoique... Avec Pascal, une décision doit appartenir au groupe et dieu sait que la démocratie prend du temps. En section montagne, il faut croire que nous avons un penchant pour les régimes totalitaires... Les désaccords se règlent à coups de piolets. Mieux vaut donc s'accorder avec ceux qui ont des lames affûtées ! 

Un débat interminable et trois onglets plus tard, nous repartons enfin. Conclusion de l'affaire, nous choisirons l'itinéraire en temps voulu et selon le feeling. Traduction : de longs et nombreux autres débats sont à prévoir. Sacré Pascal !




Sous le sommet, nous croisons à sens inverse un groupe de montagnards à l'accent familier... Perdue dans mes pensées, j'esquisse un sourire en pensant à mon "chez moi", à mes proches. C'est qu'ils sont en canne ces pyrénéens ! Il faut dire que là-bas, il n'y a pas de remontées mécaniques à tous les coins de rue et qu'il faut s'y accoutumer...


Le temps d'émerger de mes rêveries, j'atteins le sommet en compagnie de mes camarades de classe qui, de près ou de loin, sont devenus des compagnons de cordée fidèles avec qui je vis des moments incroyables. La descente, comme souvent, me laisse le temps de méditer... Virage après virage, la neige changeante me fait parfois des surprises et m'extirpe du songe dans lequel je suis plongé. A la fin de la descente, une seule conclusion est à tirer : la CHANCE !

Jeudi 24 mars 2022

C'est déjà la dernière étape de notre mini périple. Nos visages, abîmés par le soleil et cernés par la fatigue, portent en eux les traces de cette belle semaine. Nous savons tous que ces instants sont les derniers avant le retour en classe. Un sentiment nostalgique plane dans l'air. Toute bonne chose a une fin, même si elle arrive toujours trop tôt. 



Dernière réunion au sommet de la Pointe de l'Observatoire et il est grand temps de redescendre dans la vallée. Ces quelques jours sans réseau et coupés du reste du monde, ont permis de se recentrer sur l'essentiel. La montagne crée des relations qui n'existent que là-haut. La salle de classe, si indispensable soit-elle, ne prendra jamais ce rôle de "créatrice de liens forts". La corde qui nous relie dans ces moments reste intacte lorsque nous nous décordons. Cette union est si unique et indestructible qu'elle nous détache de tout jugement. Et heureusement, parce qu'au bout de quatre jours sans douche, il vaut mieux avoir de bons amis !

Couloir NE - Grands Moulins

Sur les skis depuis toujours, Hugo et moi avions tous les deux envie de découvrir une nouvelle facette de ce sport. Plus engagée certe, mais ô combien enrichissante ! Grand saut dans un inconnu qui nous attire depuis bien longtemps…

Le ski de pente raide relie à la fois les côtés physique (mes cuisses peuvent en témoigner), mental et intellectuel du sport. "Mental" parce qu'il faut réussir à mettre les skis dans la pente lorsque n'importe quel skieur "normal" descendrait à pied et "intellectuel" parce que la recherche d'itinéraire, la capacité d'adaptation et la concentration sont primordiales pour revenir entier le soir venu. 

Bien-sûr, de grands débats peuvent être ouverts pour élucider le plus grand mystère de cette pratique : à partir de quel moment pouvons-nous qualifier une pente de “raide” ?

En ce qui nous concerne, nous avons aujourd'hui mis les skis dans une pente bien plus raide qu'à notre habitude…

Hugo dans une pente inclinée à 45-50° (son coude en amont touche quasiment la neige)

Pour mener à bien cette expérience, Tim - un copain dans notre classe depuis 3 ans et photographe à ses heures perdues - nous propose l’ascension des Grands Moulins : un sommet qu'il voit presque de son jardin ! Lui connaît bien la massif de Belledonne et tout particulièrement ce sommet qu'il a fait par tous les côtés sauf... La face Nord-Est. Nous choisissons donc cet itinéraire côté 4.1, des cotations qui nous paraissent plutôt abstraites pour les novices que nous sommes. 


Après un réveil matinal dans le brouillard, nous avons le plaisir de nous extirper de la mer de nuages qui recouvre tout le Grésivaudan ! En un clin d'œil, une tempête de ciel bleu surplombe les alentours. 

Nous voilà lancés sur la longue piste forestière de Preslette qui, à cause du gel, ne nous permet pas de continuer en voiture jusqu’au parking qui devait normalement faire office de point de départ à notre sortie. C’est donc les skis aux pieds que nous rejoignons le “vrai départ”, 250 mètres en contre haut.

Au bout d’une bonne heure, nous sortons de la forêt et les choses sérieuses peuvent enfin commencer ! La première étape est de repérer du bas le couloir que nous allons emprunter… Pas si évident quand on est myope ! Heureusement, je peux compter sur mes deux camarades de qualité qui, en un clin d'œil, ont le tracé en tête. 

C’est le moment pour Tim de sortir son appareil de compétition et pour nous, de sortir nos plus beaux sourires.

Au fur et à mesure que nous prenons de l’altitude dans la face, un mélange d’excitation et d’appréhension émerge en perspective de la descente. Les pentes sont de plus en plus raides et nous savons tous les trois que la chute est, par endroit, impardonnable ! La neige, très dure voire glacée, ne joue pas non plus en faveur de notre tranquillité. Seul Tim semble impassible, scotché à son appareil pour ne rien louper !

Quelques heures plus tard, nous sommes sous le dernier ressaut sommital. Là, l’inclinaison de la pente ne nous permet plus de progresser les skis aux pieds. Le moment crucial de la journée est arrivé : ne rien faire tomber pendant les manips. Le premier qui perd un ski paye l’apéro (et redescend sur les fesses par la même occasion !). Bizarrement, personne ne semble tenté par cette option et le troc des skis pour les crampons s’effectue sans encombre ! 


Ça penche !
A 13h, nous foulons enfin le sommet des Grands Moulins et percevons pour la première fois de la journée le soleil. Le vent ne nous laisse malheureusement pas de répit et nous entamons rapidement la descente. Le plus dur reste à faire !

Capture d'un court instant au sommet avant que le vent nous chasse !
Aussi déroutant soit-il, le virage de ski dit “classique” est complètement inadapté et même dangereux dans ce genre d’inclinaison (au-delà de 40°). Hugo et moi devons donc rapidement nous accommoder à une méthode de ski bien particulière sous les conseils avisés de notre coach personnel préféré. En théorie, rien de bien compliqué, seulement un geste à maîtriser : le virage sauté. En pratique, entre la fatigue de la montée, l'appréhension, le froid, les ampoules… Tout devient beaucoup moins simple. 

Les yeux rivés vers le bas, je sens mon cœur battre à travers ma poitrine. On dirait bien que je découvre ce qu’est la peur en ski ! Oser engager un virage et mettre les skis dans la pente alors que la tête repousse le plus loin possible cette idée. Un combat acharné débute. Le corps ou l’esprit, l’engagement ou le retrait, l’action ou la passivité, le courage ou la peur… Chacun, à son niveau, est susceptible d’assister à ce genre de débat inconscient de son cerveau. Spectateur de nos propres pensées, nul ne sait comment il réagit dans ces moments-là. 

En plein dilemme...

Une fois le premier virage effectué, mon calme reprend doucement le dessus ! La sérénité des garçons m’épate même si je les sens très concentrés. Nous savons tous les trois que la chute n’est pas une option. Comme le dit explicitement le topo, “en cas de chute, la mort est probable” ! Rien de mieux pour skier en toute confiance !! :)


Une fois la partie raide passée, nous savons que le plus dur est derrière nous mais… pas le plus exposé au risque. 

Bien que ce passage soit moins raide que le précédent, nous allons encore devoir rester focus. Le mot d’ordre est “skier sur la réserve" (quitte à s’arrêter à chaque virage). En tout cas, interdiction formelle de tomber. Étonnement, le passage qui m’a fait cogiter toute la journée me paraît beaucoup moins raide qu’à la montée. Même si la concentration est à son summum, la partie délicate est avalée en moins de deux minutes et l’atmosphère se relâche aussitôt. La pression et les questionnements liés à ma capacité ou plutôt à mon incapacité à descendre s’évaporent immédiatement et je peux enfin respirer un grand coup ! 


Le sourire jusqu’aux oreilles, je crois que nous ne pourrions pas être plus heureux !

Pour rien au monde nous n’échangerions nos activités de “casse-cou” pour des sports communs et aseptisés. Malgré les clichés, nous ne sommes ni inconscients ni suicidaires. Bien au contraire, nous aimons tellement vivre que nous voulons profiter de chaque instant à 200% et c’est grâce à des journées comme celle-ci que nous nous sentons chanceux d’exister. Consommer la vie sans modération, je crois que c’est ça le secret pour être heureux. Décidément, je veux vivre toute ma vie !



Mallos de Riglos

Partir avec une prof pendant les vacances scolaires... Quelle idée !! C'est pourtant ce dans quoi je m'embarque ce mardi matin...
Heureuse de retrouver Coralie, le trajet est juste assez long pour se raconter les dernières nouvelles ! Les différents topos semblent tous recommander la célèbre voie nommée la "Murciana" : ligne en plein milieu de la grande face du "Pison". Il ne nous en faut pas plus pour nous convaincre ! 

Mercredi 27 octobre 2021 :
Le soleil éclaire peu à peu les "Mallos" et laisse entrevoir notre l'itinéraire. Coco joue la guide touristique et me fait visiter les lieux ! La "Visera", el "Pison", el "Firé"... Un vrai paradis pour grimpeurs !

C'est pleines d'excitation et de motivation que nous attaquons l'objectif de la journée, bien décidées à en découdre ! La première longueur nous plonge dans l'ambiance : points espacés et "panzas" à volonté ! Coco prend le relai pour les trois longueurs suivantes qu'elle négocie comme une cheffe. Notre sac est bien lourd mais au moins, nous ne manquerons pas d'eau ! Les cloches du village nous donnent le rythme. 1, 2, 3, 4, 5 longueurs... 
Quelques heures plus tard, nous sommes au pied de la longueur clée : la fameuse 6c/6c+ selon les topos. Le profil déversant de la longueur impose un rythme effréné à nos bibis ! Arrivée au relais de cette longueur, mon empathie se tourne vers Coco qui doit grimper avec un boulet accroché au dos... Finalement, elle me rejoint assez vite, en ayant utilisé en chemin, toutes ses qualités de bricoleuse ! 
Les deux dernières longueurs sont tout aussi tenaces et un peu moins protégées. Disons qu'il devient plus compliqué de tirer au clou pour se sortir d'un passage dur et que les 250m de grimpe déjà effectués commencent sérieusement à se faire sentir.
Aux alentours de 17h, nous entamons la descente. Rappels, mains courantes, encore rappels... Et nous voilà en bas, juste à l'heure pour prendre la douche et dévorer le bon repas de ma cuistot !

Le lendemain après avoir grimpé "Chopper" en réversible (belle voie sur l'éperon du Pisón), nous retournons de l'autre côté de la frontière pour fuir le mauvais temps.

Une petite escale à Suberpène et un passage obligé par la salle de Beyrède viennent clôturer ce petit séjour.

Un grand merci à Coco pour tous ces moments qui deviendront de beaux souvenirs !
Conclusion de la semaine : le camion aménagé c'est vraiment génial !!