Une semaine à Ailefroide City

 Yihaaaa, le moment tant attendu a sonné ! Après vingt petites minutes d'oral et un "c'est bon vous pouvez disposer", je peux enfin enfiler les claquettes et adopter un look de vacancière. Mon chauffeur privé (Hugo pour les intimes) vient me récupérer en limousine - ah non, en scénic pardon - moins d'une minute après que je sois sortie. Décidemment, les vacances commencent bien. En route vers le paradis des grimpeurs, nous écoutons Ben Harper faire ses gammes. Le temps que sa guitare chauffe, nous récupérons Tim puis Milan sur le chemin. Dans nos sacs, les topos ont naturellement remplacé cahiers et trousse d'école, textes du bac et compagnie... Un en particulier nous sera plus qu'utile : "Le topo des blocs d'Ailefroide".

Au premier abord, le bloc est une discipline de l'escalade assez étrange. Grimper trois, quatre mètres (parfois plus) au-dessus d'un "tapis" pour tomber et recommencer... Etonnant, non ? C'est en vérité un effort beaucoup plus court, intense et physique que ce que nous avons l'habitude de faire. Dans le jargon du grimpeur, on appelle ça le BOURRINAGE. L'objectif premier est de s'amuser, le second est de forcer !

[ bourriner : fait de réaliser une tâche sans la moindre délicatesse, ni finesse (certains se reconnaitront ;) ]

Impatients de grimper, nous attendons l'arrivée de Lou et Léo qui complètent l'équipe de la semaine. En deux(-cent) temps, trois(-cent) mouvements, les tentes sont montées et les matelas gonflés. Il est temps d'enfiler les chaussons et de serrer les arquées. 

[ arquées : petites prises pour lesquelles certains grimpeurs éprouvent beaucoup d'amour et d'autres beaucoup de haine et à qui on doit souvent des zipettes monumentales ]

Telle une débutante, je tâte pour la première fois le caillou d'Ailefroide, hautement réputé pour sa qualité. Un court temps d'adaptation est nécessaire pour que chacun(e) s'habitue aux "cotations bloc". Il faut en général descendre d'une ou deux cotations par rapport à son niveau habituel pour trouver des blocs à sa portée. En théorie... En pratique, nous  nous retrouvons parfois bloqués les fesses au sol et dans l'incapacité la plus totale de les décoller. En résumé, il faut arrêter le chocolat ! 

Après des beaux combats dans les blocs, nous rentrons au camping avec déjà l'envie d'y retourner !

Le ciel en a décidé autrement et des trombes d'eau s'abattent sur la toile de notre tente au cours de la nuit. La fébrile imperméabilité de notre petite maison diminue à mesure que la nuit avance. Aux alentours de 4h, mes colocataires (Lou, Léo et Hugo) et moi comptons une à une les gouttes de pluie qui pénètrent à l'intérieur.

Nous hésitons entre prendre un air dépité ou se marrer tellement la nuit va être longue. Eclairés par les faisceaux des frontales, nos regards se croisent et après deux ou trois tentatives de communication et un bon dialogue de sourd, le rire l'emporte. Foutus pour foutus, mieux vaut rire que pleurer ! La réunion Tuperware prend finalement fin et nous nous rendormons aussitôt dans un confort assez relatif. 

Au petit matin, la pluie semble s'être atténuée. La météo annonce de nouveaux des orages mais nous refusons d'y croire. Nous sautons dans les voitures direction le Pré de Madame Carle. Au bout d'une petite heure, la pluie fait son grand retour. 

Le calme avant la tempête !

Abrités sous un petit bloc, nous attendons que ça passe... Mauvaise idée ! Au lieu de ça, le rythme des gouttes s'accélère, leur taille grossit... En moins de 10 minutes, ce n'est plus de l'eau mais des énormes grelons qui viennent frapper les rochers. Seuls les courageux s'efforcent d'aller protéger les pare-brises des voitures en y déposant les crash-pads (tapis de réception qu'on utilise pour grimper) dessus. Aïe, un grelon sur la main ! Aïe, un autre sur le pied ! Aïe aïe aïe, la nature ne nous veut plus, il est temps de partir. A la façon des acteurs de Fort-Boyard, nous courrons vers les pièces affaires, les rassemblons et sprintons au parking. Résultat des courses, nous sommes trempés ! Le bal ne fait que commencer puisqu'il va pleuvoir toute la journée. Quoi de mieux qu'un ciné pour faire passer le temps. 

Après avoir passé deux heures devant Jurassic Parc, nous sommes déçus de ne pas trouver de dinosaures dans les rues de Briançon mais sommes tout de même heureux de retrouver le soleil !

Les péripéties météorologiques sont derrière nous et nous comptons bien rentabiliser le voyage. Dans les jours qui suivent, les essais dans les blocs s'enchaînent... Certains nous coûtent plus que d'autres et mettent nos nerfs à rude épreuve. Un bloc en particulier nous occupe un long moment. Nous cherchons d'abord les méthodes qui correspondent le mieux à notre morphologie. Rien n'est écrit ou imposé, il suffit de laisser libre court à son imagination. Assez vite, des mouvements se dessinent puis s'empilent alors qu'ils paraissaient infaisables au premier regard. Des stratégies différentes sont adoptées. Hugo part d'abord à gauche puis revient à droite, je fais l'inverse. Nous nous retrouvons pourtant tous les deux dans la même position pour effectuer le dernier mouvement du bloc, le passage clé. Nous échouons à de multiples reprises sur cet ultime mouvement et après moult essais, nous nous rendons à l'évidence : ce ne sera pas pour cette fois ! 

Aimer le bloc, c'est aussi savoir ravaler sa frustration quand on est à rien de réussir. Une belle leçon d'humilité ! Nous rentrons bredouilles mais heureux d'avoir réalisés de si beaux mouvements.




Tim, Hugo et moi vagabondons de secteurs en secteurs et de blocs en blocs, à la recherche d'itinéraires esthétique. Nous passons l'après-midi à faire de la "grimpe plaisir", dans des blocs faciles qui nous attirent. Nous contemplons les blocs et les mouvements qu'ils imposent et nous accordons tous les trois pour dire que la nature fait bien les choses ! Appareil photo à la main, notre photographe préféré immortalise le moment. 

Pendant qu'Hugo met des essais dans La Proue (7a bloc), je prends un cours particulier de photo avec Tim. Le peu de peau qu'il me reste sur les doigts ne me permet plus de grimper. Je passe spectatrice. Mes clichés sont ratés, mal cadrés ou encore flous. Bon... Je ne suis pas faite pour ça, il faut s'y résoudre. Je prends tout de même une ou deux photos "acceptables". Le soleil est en train de se coucher, la chaleur retombe peu à peu et nous n'allons pas tarder à rentrer au camping rejoindre le reste de la troupe. Par hasard, je décide de filmer l'essai d'Hugo pour m'initier à la vidéo... Comme par magie, il enchaîne un à un les mouvements sans trop de difficultés. Le crux (passage dur du bloc) est derrière lui. Tim et moi retenons notre respiration jusqu'au dernier mouvement... Il attrape la prise finale et se rétablit au-dessus du bloc. 




Quelle joie d'avoir pu assister à ce combat et qui plus est de l'avoir immortalisé ! C'est aussi pour ces moments, qu'on aime tant ce sport ! Quoi de mieux que partager ce bonheur avec des personnes qui nous sont chères et qui se réjouissent de notre réussite autant que de la leur. Ces relations deviennent précieuses à l'heure où la société repose sur l'égoïsme et la rivalité.

Merci les amis pour ces moments simples de partage. Les vacances ne pouvaient pas mieux commencer !



Salam Morocco

Au cours du voyage, j'ai fait suivre un petit carnet pour immortaliser ces aventures marocaines. Je retranscris mes notes ici. Bien-sûr, ce ne sont que des bribes d'instants précieux, des gribouillages de voyage, des moments notés à la volée, à travers les yeux de la voyageuse novice que je suis ! 

Sept heures de bus sont devant nous. Je crois qu'il est grand temps d'entamer ce carnet. Sur la route cabossée entre Marrakech et Tinghir, j'écris (non sans difficultés) ces quelques lignes en guise d'introduction. Un nouveau chapitre s'ouvre et rien n'est écrit à l'avance. Nous-même ne savons pas de quoi demain sera fait.
Au fur et à mesure du voyage, les mots garniront les pages blanches pour combler le vide de ce carnet tout neuf. Au rythme de l'excursion, j'archiverai mes pensées à l'état brut, sans filtre ni amplification. Le mot d'ordre sera celui de la simplicité afin que chacun(e), à travers ces quelques phrases, puisse voyager à sa manière.

Petit avant-goût de ce qui nous attend... Aquarelle de Camille faite grâce à une photo de Taghia.

Marrakech, ville au mille visages :

Immergée dans un monde qui n'est pas le mien, je découvre avec émerveillement les paysages qui seront le support des deux prochaines semaines.

Marrakech fait partie de ces villes en ébullition, qui tournent à mille à l'heure. Entraînée par les coups de klaxons, je fais mes premiers pas dans cet endroit hors du commun. C'est une véritable ruche !
Les voitures déboulent à toute vitesse, les motos slaloment au milieu de la foule, les passages piétons ne sont là que pour décorer... En bref, le code de la route est un concept abstrait ! Je devrais peut-être passer mon permis au Maroc ! ;)
En s'enfonçant dans les ruelles, je fais un bond dans mon enfance et me téléporte dans le pays d'Alladin. A un détail près, nous n'avons pas de tapis magique pour survoler le souk et devons se faufiler à travers la foule. Objectif : ne perdre personne. C'est raté puisqu'au bout de 50m, nous sommes déjà divisées. Des pauses fréquentes s'imposent pour faire l'appel.
- "Camille ? Laura ? Julie ? Charlotte ? Pauline ? Lara ? Ilona ?"
- "Présentes !"
La classe est au complet, nous pouvons repartir pour... 25m où nous réitérons l'action !


On a craqué !!!

Paradoxalement à ce chahut incessant, nous entendons résonner pour la première fois du voyage l'appel à la prière. Nous sommes en période de ramadan et les prières collectives ont lieu plusieurs fois par jour (et par nuit). En un clin d'œil, le bazard s'ordonne. Les gens se dirigent vers la mosquée ou prient sur leur lieux de travail, chez eux ou même dans la rue. La religion rythme leur vie et est l'essence même de ces Hommes. Nous en discutons avec un commerçant, non loin de la grnade place : "un bon musulman est avant tout une personne qui fait le bien autour d'elle. La religion nous pousse à être meilleur.".

Ces phrases résonnent dans ma tête. Je suis impressionnée par la foi inébranlable qui habite ces gens. Leur gentillesse, leur bienveillance, leur chaleureusité... Tant d'aspects implantés dans leur culture (et quasiment inexistants en France) qui rendent ce pays fabuleux !

Je découvre cette religion sous un tout autre angle que celui que l'on nous donne en France. Loin des amalgames qui sont faits par les politiques français, je suis heureuse de découvrir par moi-même toutes les facettes de cette culture !        

A la découverte des gorges de Todgha :
Trois jours se sont déjà écoulés depuis que nous sommes arrivés dans les Gorges de Todgha. Brahim, notre hôte, nous a accueilli comme des reines dans sa grande maison (gîte Dartiwira) ! Toute sa famille oeuvre pour que nous passions un bon séjour.

En parallèle, nous apprivoisons tranquillement le calcaire abrasif des gorges qui malmène la peau de nos doigts. Chacune repart avec un petit souvenir des voies. L'une l'index en sang, l'autre le pouce. Certaines moins délicates repartent même avec un joli trou dans le pantalon.
Habituellement, Todgha est un lieu très touristique. Nous nous sentons chanceuses d'être quasiment seules dans ces grands espaces.
J1 : Hannah chez les grands à la Paroi du Levant
J2 : SmoufonWeb au Pilier du Couchant
J3 : Voie Abert au Pilier du Couchant 

(PS : méfiance avec les topos pas toujours justes. Les cotations sont plutôt à prendre au sérieux !)




Palabrer ou forcer, pas besoin de choisir dans la Abert :

Cap vers le pilier du couchant en compagnie de Lara. Hier soir, nous avons longuement hésité entre deux voies :

- La Classique (6a costaud équipé), que Lara a faite la veille avec les filles
- La Abert (6b costaud et semi-équipé) qui rendait nos mains moites rien qu'en lisant le topo.
Nous optons pour la deuxième option. Nous n'avons pas tous les jours la chance d'être là alors il faut en profiter !
Je prends la tête dans les quatre premières longueurs. Elles sont bien équipées mais il ne vaut mieux pas être adepte du spit tous les mètres. Le caillou est toujours aussi bon et offre une infinité de préhension à serrer. Néanmoins, gare à celui qui serre trop fort ! Il risquerait de s'en tirer avec les mains toutes amochées.
Au bout de deux heures, nous sommes déjà à la moitié de la voie. Nous malmenons nos cordes vocales qui sont d'ailleurs plus fatiguées que nos biceps. A ce rythme là, nous serons à l'heure pour l'apéro !
J'en profite pour photographier la mannequin rattachée à l'autre bout de la corde. Les marques de parfum n'ont qu'à bien se tenir ! Elles ne pourront pas rivaliser avec nos clichés. Caillou orangé, ciel bleu azur, fleurs printanières et surtout... Mensurations parfaites de la grimpeuse ! On pourrait également mentionner sa coiffure inégalable (même en passant entre les mains des meilleurs coiffeurs français) ou encore son look à la pointe de la modernité !

  

C'est ensuite à elle de passer devant. L'équipement se raréfie et la recherche d'itinéraire devient complexe. En élève modèle (préparant son bac de français), je tente de décrypter les longueurs. Seulement, le topo est INCOMPRÉHENSIBLE. Nous avons beau lire, relire, rerelire... Nous ne sommes pas plus avancées qu'à la première lecture.
Finalement, elle se dépatouille comme elle peut. A certains moments, elle a tout de même besoin de se concentrer (ce qui est rare) pour surmonter quelques pas exigeants.

Après trois bonnes heures de bartasse et grâce à la ténacité de Lara, nous arrivons enfin au sommet du pilier du couchant. Embarquées dans nos blablatages incessants, ce n'est qu'une bonne heure plus tard que nous tournons les talons pour rejoindre le reste de l'équipe.

Les apprentis randonneuses dans le Haut-Atlas :
Le temps s'écoule à toute vitesse ! Je n'ai pas beaucoup de temps pour écrire.
Ce matin, il est déjà l'heure de dire au revoir à Brahim chez qui nous aurons passé des moments merveilleux ! Un petit sentiment nostalgique plane dans l'air même s'il est vite remplacé par l'impatience et la curiosité des jours futurs.
Deux muletiers et trois mules nous attendent devant le pas de la porte. La communication risque d'être compliquée car ce sont des berbères qui ne parlent pas un mot de français. En s'élevant au-dessus des gorges, nous croisons parfois des nomades qui descendent chercher de l'eau. Un mélange d'admiration et de culpabilité m'anime lorsque je vois leurs sandales toutes trouées. Nous prenons progressivement de l'altitude et évoluons dans des paysages de plus en plus désertiques. Il n'y a aucune source d'eau et très peu de végétation. Les dunes arides sont visibles à perte de vue et se confondent au loin avec le bleu du ciel. Nous sommes seuls au monde, mis à part quelques fourmis qui se réjouissent de notre pause pique-nique.
Le ciel s'assombrit à mesure que la journée avance. Laura, qui me faisait un cours sur les nuages quelques heures plus tôt, a attiré les cumulonimbus. Vers 18h, nous montons le bivouac sous les gouttelettes de pluie que nous n'avions encore jamais vues dans ce pays !



Première nuit en bivouac



Deuxième nuit au gîte à Oussikiss


Salam Taghia (Lundi 25 avril) :

Il est 15h quand nous passons le sommet du Timrazin (3300m). La silhouette lointaine du petit village de Taghia émerge enfin dans le fond de la vallée ! Nous sommes en route depuis 5h du matin et avons laissé Oussikiss derrière nous. Les paysages, jusque là secs et désertiques, sont aujourd'hui devenus plus végétalisés. L'eau est réapparue comme par magie.




En basculant derrière la ligne de crête du Timrazin, le paysage change radicalement et est digne des plus grands tableaux de peinture. L'herbe verdoyante brûle nos rétines ! La présence d'arbres et de fleurs en est presque déstabilisante tant nous avions oublié à quoi ça ressemblait !



J'étais loin d'imaginer que mettre un pied devant l'autre pendant des heures et des heures, kilomètres après kilomètres, serait la source de tant d'émerveillement. Les montres se sont arrêtées (sauf celle de Camille, adepte de strava). Seuls nos corps ont imposé un rythme. Vagabonder dans cet endroit magique, hors du temps et loin de tout, a aussi démontré qu'un groupe de sept nanas ne tombe jamais en panne de sujets de conversation...
Merci les filles pour ces discussions, devinettes et débats passionnants qui ont fait passer ces longues heures de marche à toute vitesse !
Il est grand temps de mettre en route les pattes avants et donner congés à nos pattes arrières qui en ont bien besoin (70km et 4000m de d+) !

Rêve d'Aïcha :
Après une bonne nuit de sommeil, nous nous dirigeons tranquillement vers la voie du jour. L'heureuse élue n'est qu'à une dizaine de minutes du gîte. Ça n'est plus qu'un jeu d'enfant après l'entraînement intensif que nous avons subi ces derniers jours.
Les cordées se forment mais sont remaniées à partir de la deuxième longueur. Les points sont assez espacés et bien que l'équipement soit en parfait état, des entorses du mental liées entre autres à la peur et à la fatigue se propagent à toute vitesse dans l'équipe. Là, être sponsorisé par Kleenex n'aurait pas été de trop pour essuyer toutes les larmes de la matinée !
Bien qu'une remobilisation des troupes ait été nécessaire, chacune a ensuite pu se dépasser à sa manière dans les belles longueurs de 6 : en lead, en second, en artif, en solo... Ne nous sous-estimez pas en termes d'innovation ! Notre créativité est débordante. Nous nous souviendrons un moment de cette voie forte en émotions !
Julie dans L2


Demain, il faudra déjà repartir en direction de Marrakech. :(

Sur le chemin du retour :
Les sacs sont bouclés et les mules chargées, nous voilà en chemin pour Zaouia. Une belle dernière voie au-dessus du village (qui est une révélation pour certaines !) clôture nos aventures sur ce territoire.


Visite d'une cazba à Zaouia



Un passage obligé au Souk termine d'abattre les troupes. Nous ne sommes plus que des loques errant dans Marrakech... Il est temps de rentrer à la maison !
En ce qui concerne le repos, on attendra les prochaines vacances. Retour en cours ce lundi après trois petites heures de sommeil sur le sol de l'aéroport Bruxellois entre deux avions.

Un grand merci à Lara qui est à l'origine du projet ainsi qu'au reste de l'équipe pour ces moments de vie partagés.
BIG UP à Laura qui nous a fait de superbes photos tout au long du séjour.
La photographe en action

Merci les filles ! <3



Classe blanche en Maurienne

"Prenez une salle de classe ordinaire et ouvrez grand les fenêtres. Le vent envoie alors valser la moindre feuille de cours qui traîne sur les bureaux. Les rafales vous obligent à retirer les tables et les chaises de la salle. Par sécurité, vous équipez vos élèves de casques et de masques pour les protéger des projections de stylos et de craies qui pourraient survenir à tout moment. Des grosses doudounes et des gants chauds leur sont aussi distribués pour résister au froid qui envahit aussitôt les lieux. Il est à ce moment là préférable de troquer les sacs de cours pour de bons gros sacs de montagne ! 

Malgré votre acharnement, l'imprimante fait aussi des siennes et refuse délibérément d'imprimer la leçon du jour. Pire que cela, elle crache instantanément une vingtaine de cartes bizarres et illisibles, remplies de traits et de couleurs qui piquent les yeux et donnent le tournis. Il faudra faire avec...

A ce moment même, vos élèves ont déjà la tête pleine d'idées ! Comptez sur leur créativité pour vous épater..."

Voilà ce que s'imaginent les gens lorsqu'ils voient débouler devant eux, une classe (que dis-je, un troupeau !) de vingt ados au fin fond de la Maurienne. Nous voyant remonter les pistes de la station d'Aussoi en ski de randonnée, ce scénario se trouve être le plus probable dans l'imaginaire (très) créatif des gens.

Pourtant, c'est une journée hivernale des plus banales pour notre section. Nous chaussons les skis pendant que d'autres préparent leur bac. Chacun ses choix :)

Le sujet n'est pas là et il faut dire que ma préoccupation première est tout autre... Il parraît que,  d'après les dires objectifs des Tarins, la Maurienne (vallée voisine) est considérée comme le "côté obscur" de la Vanoise. Cette doctrine se doit d'être réfutée... Je vous laisse vous faire votre avis en regardant les belles photos de Timothée, photographe en devenir. 

Lundi 21 mars 2022

Le refuge de la Dent Parrachée est la première étape de notre raid. A peine les skis aux pieds, l'excitation bat son plein et est comparable à une veille de vacances. Les poids des sacs, chargés pour quatre jours, nous font vite redescendre mais rien ne vient altérer la bonne humeur collective. Rapidement, nous croisons quelques skieurs à sens inverse mais le manque de neige a ralenti considérablement l'activité. Résultat des courses : nous sommes quasi seuls, remontant les pistes de ski alpin, pendant que des dizaines de télésièges fonctionnent autour de nous sans qu'une place ne soit occupée... Sacré sport ! Il faut reconnaître que nous avons le temps de discuter de tout et de rien, de partager nos dernières aventures montagnardes ou encore de parler de nos futurs projets.  Finalement, la rando qui s'annonçait longue ne l'est plus assez pour nous faire taire...

Arrivés au refuge, une révision des manips s'impose en prévision du lendemain. Noeuds et encordements sont passés au peigne fin même si avec Pascal, notre guide pour cette semaine, les peignes sont plutôt épais !

Suite à cela, nous envahissons les lieux et le gardien commence déjà à regretter le fait qu'on nous ait mis sur sa route ;) Chacun se précipite pour avoir la plus belle place, le meilleur lit ou la plus grosse couverture. Quoiqu'il en soit, ce refuge a tout d'un hôtel de luxe. A un détail près... Le tuyau qui alimente le refuge en eau à geler !


Mardi 22 mars 2022

Après une bonne nuit de sommeil, il est grand temps de visiter les alentours. Aujourd'hui, nous atteindrons le col du Moine par le lac du Génépy. Là, une petite course d'arête située juste au-dessus nous occupera pour le restant de l'après-midi. En guise d'échauffement, le gardien nous confie une mission : monter les 10 bidons vides à la source, cent mètres en contre-haut du refuge, pour rapporter de l'eau ce soir pour le repas. Aussitôt dit, aussitôt fait ! Voilà que dix bidons se retrouvent accrochés autour de Milan et n'attendent plus qu'à être tracté.



Toute la troupe prend un petit rythme au fil du dénivelé avalé. Le dicton "doucement mais sûrement" est fait sur mesure pour nous ! Quelques haltes au cours desquelles nous mettons, enlevons, remettons, ré-enlevons... les couteaux, permettent à Pascal de philosopher sur le sens de la vie et de nous entraîner dans sa révolte contre la société, la politique et tout ce qui prête à débat. La pente se redresse légèrement sous le col et c'est à la file indienne que nous continuons de progresser. Le vent indique la direction : plus ça souffle, plus on se rapproche ! Nous déposons les skis sous l'arête et débutons la grimpette encordée. S'il y a bien une leçon à tirer de cette situation, c'est de ne jamais sous-estimer l'INERTIE de groupe ! Tels des himalayistes sur l'arête sommitale du K2, nous progressons pas à pas (avec un certain temps entre chaque pas). Nous arrivons tout de même au sommet que nous baptisons à l'unanimité "pointe de la section".



Sur le retour, l'un d'entre nous a le malheur d'ouvrir sa bouche : "Eh si on skiait encordés ?!". Pascal en profite aussitôt pour rebondir sur cette proposition initialement remplie de second degré : "Ah oui super idée, c'est très important de savoir skier encordé. Allez faites les cordées...". Moment de flottement dans l'équipe... "Non on ne va quand même pas faire ça ???" pensons nous tous silencieusement dans nos têtes... Et si, Pascal l'imprévisible a encore frappé !

Après cette expérience quelque peu inhabituelle, nous remplissons les bidons d'eau déposés quelques heures plus tôt au réservoir. De retour au refuge, l'odeur alléchante des crêpes a réveillé notre appétit... Il n'a pas fallu plus de dix minutes pour que chacun est rangé l'intégralité de son matériel et se retrouve à faire la queue. Quelle bande de morfales ! Le gardien s'apprête à faire son meilleur chiffre d'affaires en une après-midi.

Mercredi 23 mars 2022

Les sacs remplis à bloc, nous décollons du refuge de la Dent Parrachée en file indienne. Une dernière pensée pour ce joli refuge traverse mon esprit puis il est déjà l'heure de penser au suivant, celui de ce soir : le refuge du Fond d'Aussoi. Il y a pourtant encore du trajet avant d'être à ce soir ! Le Grand Roc nous attend et nous ne tardons pas à planifier notre itinéraire. Quoique... Avec Pascal, une décision doit appartenir au groupe et dieu sait que la démocratie prend du temps. En section montagne, il faut croire que nous avons un penchant pour les régimes totalitaires... Les désaccords se règlent à coups de piolets. Mieux vaut donc s'accorder avec ceux qui ont des lames affûtées ! 

Un débat interminable et trois onglets plus tard, nous repartons enfin. Conclusion de l'affaire, nous choisirons l'itinéraire en temps voulu et selon le feeling. Traduction : de longs et nombreux autres débats sont à prévoir. Sacré Pascal !




Sous le sommet, nous croisons à sens inverse un groupe de montagnards à l'accent familier... Perdue dans mes pensées, j'esquisse un sourire en pensant à mon "chez moi", à mes proches. C'est qu'ils sont en canne ces pyrénéens ! Il faut dire que là-bas, il n'y a pas de remontées mécaniques à tous les coins de rue et qu'il faut s'y accoutumer...


Le temps d'émerger de mes rêveries, j'atteins le sommet en compagnie de mes camarades de classe qui, de près ou de loin, sont devenus des compagnons de cordée fidèles avec qui je vis des moments incroyables. La descente, comme souvent, me laisse le temps de méditer... Virage après virage, la neige changeante me fait parfois des surprises et m'extirpe du songe dans lequel je suis plongé. A la fin de la descente, une seule conclusion est à tirer : la CHANCE !

Jeudi 24 mars 2022

C'est déjà la dernière étape de notre mini périple. Nos visages, abîmés par le soleil et cernés par la fatigue, portent en eux les traces de cette belle semaine. Nous savons tous que ces instants sont les derniers avant le retour en classe. Un sentiment nostalgique plane dans l'air. Toute bonne chose a une fin, même si elle arrive toujours trop tôt. 



Dernière réunion au sommet de la Pointe de l'Observatoire et il est grand temps de redescendre dans la vallée. Ces quelques jours sans réseau et coupés du reste du monde, ont permis de se recentrer sur l'essentiel. La montagne crée des relations qui n'existent que là-haut. La salle de classe, si indispensable soit-elle, ne prendra jamais ce rôle de "créatrice de liens forts". La corde qui nous relie dans ces moments reste intacte lorsque nous nous décordons. Cette union est si unique et indestructible qu'elle nous détache de tout jugement. Et heureusement, parce qu'au bout de quatre jours sans douche, il vaut mieux avoir de bons amis !