Couloir NE - Grands Moulins

Sur les skis depuis toujours, Hugo et moi avions tous les deux envie de découvrir une nouvelle facette de ce sport. Plus engagée certe, mais ô combien enrichissante ! Grand saut dans un inconnu qui nous attire depuis bien longtemps…

Le ski de pente raide relie à la fois les côtés physique (mes cuisses peuvent en témoigner), mental et intellectuel du sport. "Mental" parce qu'il faut réussir à mettre les skis dans la pente lorsque n'importe quel skieur "normal" descendrait à pied et "intellectuel" parce que la recherche d'itinéraire, la capacité d'adaptation et la concentration sont primordiales pour revenir entier le soir venu. 

Bien-sûr, de grands débats peuvent être ouverts pour élucider le plus grand mystère de cette pratique : à partir de quel moment pouvons-nous qualifier une pente de “raide” ?

En ce qui nous concerne, nous avons aujourd'hui mis les skis dans une pente bien plus raide qu'à notre habitude…

Hugo dans une pente inclinée à 45-50° (son coude en amont touche quasiment la neige)

Pour mener à bien cette expérience, Tim - un copain dans notre classe depuis 3 ans et photographe à ses heures perdues - nous propose l’ascension des Grands Moulins : un sommet qu'il voit presque de son jardin ! Lui connaît bien la massif de Belledonne et tout particulièrement ce sommet qu'il a fait par tous les côtés sauf... La face Nord-Est. Nous choisissons donc cet itinéraire côté 4.1, des cotations qui nous paraissent plutôt abstraites pour les novices que nous sommes. 


Après un réveil matinal dans le brouillard, nous avons le plaisir de nous extirper de la mer de nuages qui recouvre tout le Grésivaudan ! En un clin d'œil, une tempête de ciel bleu surplombe les alentours. 

Nous voilà lancés sur la longue piste forestière de Preslette qui, à cause du gel, ne nous permet pas de continuer en voiture jusqu’au parking qui devait normalement faire office de point de départ à notre sortie. C’est donc les skis aux pieds que nous rejoignons le “vrai départ”, 250 mètres en contre haut.

Au bout d’une bonne heure, nous sortons de la forêt et les choses sérieuses peuvent enfin commencer ! La première étape est de repérer du bas le couloir que nous allons emprunter… Pas si évident quand on est myope ! Heureusement, je peux compter sur mes deux camarades de qualité qui, en un clin d'œil, ont le tracé en tête. 

C’est le moment pour Tim de sortir son appareil de compétition et pour nous, de sortir nos plus beaux sourires.

Au fur et à mesure que nous prenons de l’altitude dans la face, un mélange d’excitation et d’appréhension émerge en perspective de la descente. Les pentes sont de plus en plus raides et nous savons tous les trois que la chute est, par endroit, impardonnable ! La neige, très dure voire glacée, ne joue pas non plus en faveur de notre tranquillité. Seul Tim semble impassible, scotché à son appareil pour ne rien louper !

Quelques heures plus tard, nous sommes sous le dernier ressaut sommital. Là, l’inclinaison de la pente ne nous permet plus de progresser les skis aux pieds. Le moment crucial de la journée est arrivé : ne rien faire tomber pendant les manips. Le premier qui perd un ski paye l’apéro (et redescend sur les fesses par la même occasion !). Bizarrement, personne ne semble tenté par cette option et le troc des skis pour les crampons s’effectue sans encombre ! 


Ça penche !
A 13h, nous foulons enfin le sommet des Grands Moulins et percevons pour la première fois de la journée le soleil. Le vent ne nous laisse malheureusement pas de répit et nous entamons rapidement la descente. Le plus dur reste à faire !

Capture d'un court instant au sommet avant que le vent nous chasse !
Aussi déroutant soit-il, le virage de ski dit “classique” est complètement inadapté et même dangereux dans ce genre d’inclinaison (au-delà de 40°). Hugo et moi devons donc rapidement nous accommoder à une méthode de ski bien particulière sous les conseils avisés de notre coach personnel préféré. En théorie, rien de bien compliqué, seulement un geste à maîtriser : le virage sauté. En pratique, entre la fatigue de la montée, l'appréhension, le froid, les ampoules… Tout devient beaucoup moins simple. 

Les yeux rivés vers le bas, je sens mon cœur battre à travers ma poitrine. On dirait bien que je découvre ce qu’est la peur en ski ! Oser engager un virage et mettre les skis dans la pente alors que la tête repousse le plus loin possible cette idée. Un combat acharné débute. Le corps ou l’esprit, l’engagement ou le retrait, l’action ou la passivité, le courage ou la peur… Chacun, à son niveau, est susceptible d’assister à ce genre de débat inconscient de son cerveau. Spectateur de nos propres pensées, nul ne sait comment il réagit dans ces moments-là. 

En plein dilemme...

Une fois le premier virage effectué, mon calme reprend doucement le dessus ! La sérénité des garçons m’épate même si je les sens très concentrés. Nous savons tous les trois que la chute n’est pas une option. Comme le dit explicitement le topo, “en cas de chute, la mort est probable” ! Rien de mieux pour skier en toute confiance !! :)


Une fois la partie raide passée, nous savons que le plus dur est derrière nous mais… pas le plus exposé au risque. 

Bien que ce passage soit moins raide que le précédent, nous allons encore devoir rester focus. Le mot d’ordre est “skier sur la réserve" (quitte à s’arrêter à chaque virage). En tout cas, interdiction formelle de tomber. Étonnement, le passage qui m’a fait cogiter toute la journée me paraît beaucoup moins raide qu’à la montée. Même si la concentration est à son summum, la partie délicate est avalée en moins de deux minutes et l’atmosphère se relâche aussitôt. La pression et les questionnements liés à ma capacité ou plutôt à mon incapacité à descendre s’évaporent immédiatement et je peux enfin respirer un grand coup ! 


Le sourire jusqu’aux oreilles, je crois que nous ne pourrions pas être plus heureux !

Pour rien au monde nous n’échangerions nos activités de “casse-cou” pour des sports communs et aseptisés. Malgré les clichés, nous ne sommes ni inconscients ni suicidaires. Bien au contraire, nous aimons tellement vivre que nous voulons profiter de chaque instant à 200% et c’est grâce à des journées comme celle-ci que nous nous sentons chanceux d’exister. Consommer la vie sans modération, je crois que c’est ça le secret pour être heureux. Décidément, je veux vivre toute ma vie !



Mallos de Riglos

Partir avec une prof pendant les vacances scolaires... Quelle idée !! C'est pourtant ce dans quoi je m'embarque ce mardi matin...
Heureuse de retrouver Coralie, le trajet est juste assez long pour se raconter les dernières nouvelles ! Les différents topos semblent tous recommander la célèbre voie nommée la "Murciana" : ligne en plein milieu de la grande face du "Pison". Il ne nous en faut pas plus pour nous convaincre ! 

Mercredi 27 octobre 2021 :
Le soleil éclaire peu à peu les "Mallos" et laisse entrevoir notre l'itinéraire. Coco joue la guide touristique et me fait visiter les lieux ! La "Visera", el "Pison", el "Firé"... Un vrai paradis pour grimpeurs !

C'est pleines d'excitation et de motivation que nous attaquons l'objectif de la journée, bien décidées à en découdre ! La première longueur nous plonge dans l'ambiance : points espacés et "panzas" à volonté ! Coco prend le relai pour les trois longueurs suivantes qu'elle négocie comme une cheffe. Notre sac est bien lourd mais au moins, nous ne manquerons pas d'eau ! Les cloches du village nous donnent le rythme. 1, 2, 3, 4, 5 longueurs... 
Quelques heures plus tard, nous sommes au pied de la longueur clée : la fameuse 6c/6c+ selon les topos. Le profil déversant de la longueur impose un rythme effréné à nos bibis ! Arrivée au relais de cette longueur, mon empathie se tourne vers Coco qui doit grimper avec un boulet accroché au dos... Finalement, elle me rejoint assez vite, en ayant utilisé en chemin, toutes ses qualités de bricoleuse ! 
Les deux dernières longueurs sont tout aussi tenaces et un peu moins protégées. Disons qu'il devient plus compliqué de tirer au clou pour se sortir d'un passage dur et que les 250m de grimpe déjà effectués commencent sérieusement à se faire sentir.
Aux alentours de 17h, nous entamons la descente. Rappels, mains courantes, encore rappels... Et nous voilà en bas, juste à l'heure pour prendre la douche et dévorer le bon repas de ma cuistot !

Le lendemain après avoir grimpé "Chopper" en réversible (belle voie sur l'éperon du Pisón), nous retournons de l'autre côté de la frontière pour fuir le mauvais temps.

Une petite escale à Suberpène et un passage obligé par la salle de Beyrède viennent clôturer ce petit séjour.

Un grand merci à Coco pour tous ces moments qui deviendront de beaux souvenirs !
Conclusion de la semaine : le camion aménagé c'est vraiment génial !!



Immersion en petite Tasmanie

Après un déchiffrage complexe du topo de la Pointe de Pen-hir, en essayant de saisir la géographie globale des secteurs, leur accès, l'équipement en place et la longueur de corde nécessaire... nous décidons de prendre la température bretonne dans la petite grande voie "Le fil d'Arianne", cotée 6a+ (et notée 3⭐ sur le topo). Cependant, c'est un labyrinthe pour accéder au pied de la voie. De nombreux secteurs se suivent et se ressemblent... Idem pour les rappels : il y a des relais chainés de partout... La "vire caractéristique", décrite en théorie sur le topo, n'est plus si caractéristique que ça une fois sur le terrain !

Au-dessus de l'eau, c'est donc une vrai chasse au trésor qui s'organise ! D'abord un rappel puis des vires... On sort la carte ! Un second rappel, cette fois-ci au-dessus de magnifiques cristaux, suivi une nouvelle fois de vires rocheuses... Allez on ressort la carte ! Et puis, à force de traverser vers la droite, nous finissons par trouver LE trésor ! Une magnifique dalle verticale surplombe l'Atlantique. Je m'engage dans la première longueur. Le quartzite orangé offre de nombreuses réglettes et un style bien "rési" ! Quelques vieux pitons abîmés par l'écume sont coincés à droite à gauche et datent des premières ascensions. Il en fallait du courage, pour s'aventurer là en traînant pitons, marteaux, coins de bois... tout l'attirail nécessaire pour une ascension sur une paroi vierge de tout équipement !

Heureuse d'atteindre un relai solide, je fais monter papa. Accompagné pas le bruit des vagues, il finit par me rejoindre. La seconde longueur est tout aussi verticale et demande une bonne dose de concentration. 
Le soleil tape sur la paroi et pour la première fois de nos vacances dans le Finistère, aucun nuage ne semble s'intercaler entre nous et le soleil ! Un pur régal ! Papa me rejoint une nouvelle fois et nous sortons sous la croix de Pen-hir. Comme à notre habitude, nous immortalisons le moment avec une photo. A la seule différence que normalement, nous sommes entre 100 et 300m au-dessus du parking alors qu'aujourd'hui, la fin de notre voie est à la même hauteur.

Un moment père-fille qui se raréfie avec le temps mais qui est toujours aussi précieux ! Merci papa pour cette belle grimpette dans un cadre idyllique, en petite Tasmanie !
En ce qui concerne la logique bretonne des accès, il faudra encore s'exercer !

Topo : "Le fil d'Ariane" à la Grande Falaise de Pen-Hir

Minha Terra - Sopeira

Les nombreuses séances de grimpe en salle ont porté leurs fruits ces dernières semaines alors il est temps de confirmer ça sur le rocher ! Pour papa, faire une grosse journée en montagne est encore ambitieux alors nous nous creusons la tête pour trouver un plan B. Finalement, Sopeira assure parfaitement ce rôle : peu d'approche pour 200m de grimpe.

Le coin inspire apparemment Hugo, qui immortalise notre journée :

"À la suite d'un trajet silencieux - les départs aux aurores ne sont pas notre fort - nous arrivons au barrage d'escales. 

A peine le temps de descendre de la voiture que nous dévorons les chocolatines (terme sudiste fortement étrange pour désigner un pain au chocolat). Nous en profitons pour décortiquer la voie que nous nous apprêtons à gravir.

Après cet encas bien appréciable, nous nous équipons... La "choco" nous tiendrait au ventre environ deux heures : nous laissons donc les sandwichs à la voiture. Et vu le "mini format" de l'approche, ce n'est pas elle qui allait nous épuiser !

Nous voilà partis, empruntant les escaliers accrochés à flanc de falaise pour se rendre au pied de la voie.  En parlant de pied : Teddy, encore jeune convalescent, ne pourra pas grimper en tête aujourd'hui. Nous scindons la voie en deux. Je m'occuperai des trois premières longueurs et Ilo fera les trois suivantes. Minha Terra (pour le nom complet je vous laisse le soin d'aller voir sur Camp2Camp), TD+ 6c max 210 m est la voie que nous choisissons. De quoi satisfaire toute l'équipe !

Je fais mes nœuds, enfile mes chaussons et décolle à 10h30. Me voilà parti sur une belle dalle grise de 50m, un peu longue pour mes petits mollets de grimpeur !! J'arrive en haut, relis les deux points du relai puis fais monter mes deux compagnons. Juste le temps au doyen du groupe de me donner quelques bonnes astuces et je repars dans la longueur suivante. Cette fois-ci, 25m m'attendent et la paroi se redresse peu à peu. Une fois au relai, l'ambiance change : le rocher devient tout rouge et... plus délité... J'appréhende cette longueur car l'espacement des points est important ! Même si le rocher sonne creux quand je grimpe, je me rends peu à peu compte qu'il n'y a pas de grosses difficultés techniques. Je me sens bien dans ma grimpe mais ai peur qu'une prise casse.
Hugo dans L3
Les doutes s'envolent quand j'atteins le relai... Mes camarades de cordée me rejoignent une nouvelle fois sans trop de difficulté.

Nous sommes déjà au milieu de la voie et c'est au tour d'Ilo de prendre le lead... Départ brutal puisqu'elle commence par la longueur clef et dure de la voie  (6c) !! Du bas, le devers rougeâtre est impressionnant !

Ilo dans L4
Une fois dedans, Ilo trouve rapidement ses prises. L'équipement abondant est présent pour la rassurer. Très vite, c'est à notre tour de passer. La longueur nous offre quelques bonnes prises de main en dépit de celles de pied .
Hugo dans L4
Une fois avoir retrouvé Ilo au relai, le soleil se mêle à la fête ! Nous l'aurions apprécié dans les longueurs précédentes mais une fois-là, sa chaleur nous fait regretter la fraicheur de la première moitié de la voie ! 

Dans la longueur 5, nos pieds cuisent ! C'est une dalle entrecoupée de végétation en tout genre : de la petite fleur au gros arbre ! 

L5
Il y a quelques années, Teddy rencontrait une chèvre à ce même relai... Aujourd'hui, seuls quelques rapaces pointent le bout de leur nez. Le confort de ce relai mérite d'être mis en avant : terrasse ombragée et suffisamment spacieuse pour tous les trois ! Nous l'apprécions bien ! 

La sixième et ultime longueur nous oblige une nouvelle fois à poser les pieds minutieusement avec un petit pas de dalle puis un joli mur vertical bien sculpté et plutôt technique. Il vaut mieux avoir de la marge dans cette voie qui, comme les trois premières, ne contient qu'un point tous les 7 ou 8 mètres ! Les pieds ne chauffent plus, ils brûlent ! Ilo est donc la première à arriver en haut. Nous la rejoignons rapidement. Trois heures se sont écoulées depuis notre départ ce matin.

Summit
Le retour de cette grande voie - comme son approche - est atypique. Il faut d'abord plonger dans un tunnel souterrain pour ensuite emprunter des galeries qui nous font sortir de l'autre côté de la montagne, au bord du lac. Un sentier nous ramène au barrage et tout droit vers l'emplacement de nos sandwichs !!
Tunnel de retour
Cette aventure se terminera autour d'un magnum chocolat blanc et d'un Fanta bien frais.

Une journée de grimpe bien complète avec en prime un peu de spéléo et une super équipe que je remercie encore pour cette journée. 😍"

Topo "Minha terra galega y el conde de Rigaborça"

Pikachu - Pic d'Espade

 A la lueur de nos frontales et au beau milieu de la nuit, nous montons la tente en contrebas du lac d'Aubert. Demain, une chouette journée nous attend ! Un réveil aux aurores serait inutile puisque la voie que nous comptons faire est orientée ouest et qu'aucun de nous n'a envie d'attraper l'onglet dès les premiers mètres de grimpe. Réveil donc à 7h30, plutôt luxueux par rapport à d'habitude ! 

Après un bon p'tit dej... Que dis-je ?! Après un festin 3⭐ qu'on doit à l'excellent gâteau d'Hugo (Marie et Bosco confirmeront), nous prenons la direction du Pic d'Espade. Nous ne pourrons l'apercevoir qu'au dernier moment, après 2h30 de marche pas tout à fait sur les sentiers ! 

Les cordées sont formées : Hugo et Marie, Bosco et Ilona. "Les Malheurs de Pikachu" est la voie qui fera notre bonheur aujourd'hui ! Hugo ouvre la marche pour la première cordée et je fais de même pour la deuxième. Le rocher est d'une qualité incroyable, les longueurs sont magnifiques et la météo exceptionnelle. Bingo ! Le reste de la journée s'annonce bien ! 
Hugo dans la première longueur
Chaque cordée a choisi de progresser en réversible : Marie et Bosco prennent le lead dans la deuxième longueur. 
Dans la troisième longueur, deux cannelures horizontales incroyables permettent de nous élever centimètre par centimètre. Le moindre geste brusque et c'est la zipette assurée ! 
Les longueurs 4 et 5 sont un terrain de jeu idéal pour les adeptes de fissures ! Dülfer, coincement, cheminée... Tous les ingrédients pour nous donner du fil à retordre !
Une fois dans la sixième longueur, nous profitons des derniers mètres sur ce granite incroyable lorsque le ciel, jusqu'alors dégagé, remet son voile.
La 5ème longueur suit cette belle fissure

Arrivés au sommet, trois rappels nous attendent pour atteindre le pied de la voie. Quel sport ! Monter pour redescendre aussitôt... Il faut être dingue ! Et ben nous le sommes et le vivons bien ! Désolés pour Pikachu et ses malheurs mais aujourd'hui nous sommes tous les quatre les plus heureux !! Au bon endroit, au bon moment et en bonne compagnie !
Toute la troupe au sommet

En arrivant au parking, une douche s'impose. Baignade dans la lac d'Aubert où la température de l'eau se mettra en travers de nos ambitions. Sauf pour Bosco qui a déjà sauté depuis dix minutes dans le lac d'Aumar juste au-dessus. Hugo, Marie et moi nous contentons d'un débarbouillage express !

Nous sommes à 20h au camion et l'apéro nous appelle depuis un bon bout de temps. Le repas s'en suit. Big up à la sauce tomate espagnole qui mérite d'être citée !

A minuit, même cirque qu'hier mais cette fois, le montage de la tente s'annonce plus complexe. La zone de bivouac est remplie de touristes et trouver un endroit plat n'est pas une mince affaire. D'ailleurs, nous n'en trouverons pas !


Le réveil sonne un peu trop tôt au vu de notre réactivité à l'éteindre. La nuit a été fraîche et le sommeil entrecoupé par les ronflements des voisins ! Plier la tente est la première mission de la journée (à ne pas sous-estimer). Nous rejoignons ensuite Marie et Bosco pour déjeuner - moment le plus important de la journée. 🥐 Après consultation et vote de chacun, nous optons pour "Le 5ème élément" (6c max) à la muraille du Cap de Long. Les cordées sont inversées : les garçons dans l'une, les filles dans l'autre. Quatre longueurs sur du beau granite suivies de deux rappels (dont un nous a fait monter le pouls!) viennent clôturer ce weekend riche en bons moments !


Merci à Marie et Bosco pour l'organisation et la gestion du week-end, leur patience, leur gentillesse, leur pédagogie,... La liste est longue ! En échange, on vous livrera la super recette du gâteau banane-chocolat d'Hugo ! 😁


Topo "Les Malheurs de Pikachu" ici

Topo "Le Cinquième élément" ici

Aneto par Salenques Tempêtes

De retour les fesses dans le train... Ce soir, je voyage à l'opposé de d'habitude : non pas vers Toulouse mais bien vers Pau... Direction Oloron-Sainte-Marie retrouver Marianne et François pour une chouette nouvelle aventure. Et pas n'importe laquelle ! Celle qui permettra d'écrire sur nos carnets de grimpeurs/apprentis-alpinistes : "Salenques-Tempêtes ~ Aneto, 3404m ✓".

3404m, altitude insignifiante pour la plupart des alpinistes SAUF pour les pyrénéens ! En effet, ce chiffre est le plus grand que nous puissions trouver dans notre cher massif. Pour les collectionneurs de cimes que nous sommes, ce sommet constitue donc une pièce collector et comme si cela ne suffisait pas, nous tenterons de la gravir par une arête mythique : Salenques Tempêtes !

Dimanche 4 Juillet 2021

Départ de Hospital de Venasque où nous décidons de ne pas prendre la navette (ce qui nous rajoute une heure de marche). Ca tombe bien puisqu'après 3 heures de voiture, nous avons bel et bien besoin de nous dégourdir les jambes ! 

Chaque pas éveille en moi des souvenirs enfouis depuis bien longtemps. En 2015, lors de notre traversée des Pyrénées en famille, nous avions fait escale à Besurta pour manger une bonne glace après une (longue) randonnée. Bizarrement, c'est ce qui m'a le plus marqué ! Pourtant en avançant, des paysages familiers apparaissent... A commencer par le "trou du Toro" appelé aussi "el Forau de Aigualluts". 

Il y a quelques années, quand Lilou, Yanis et moi fîmes une pause sur le gros caillou ombragé - exténués et tout transpirants - je n'ai que peu prêté attention à papa et maman qui nous expliquaient que la Garonne prenait sa source ici même. Aujourd'hui, je me trouve au même endroit qu'il y a six ans mais ce lieu ne me paraît plus si insignifiant que ça. Au contraire, le fait que l'eau (issue de la fonte des neiges et du glacier) se trouvant devant moi atterrisse finalement 647km plus loin pour se jeter dans l'océan Atlantique me paraît presque impressionnant. Où est passée mon insouciance ? 

Perdue dans mes pensées, les minutes puis les heures défilent même si le sac me rappelle parfois à l'ordre et me ramène sur Terre, mettant en pause la vague de souvenir qui déferle dans ma tête. 

Au bout d'une heure, nous arrivons au plan d'Aigualluts. Lors de notre traversée en famille, cet endroit était le terminus d'une de nos étapes. Où est passée la LONGUE randonnée ? Elle aussi, s'est envolée avec les années...

L'Aneto en toile de fond
Par la suite, j'évolue en "terres inconnues". Maman avait évidemment dû insister pour que Lilou, Yanis et moi voulions bien continuer un petit peu de marcher mais, évidemment, nous avions refusé. Comme excuse : la fatigue, comme raison : la flemme !

Nous apercevons l'Aneto pour la première fois de la journée. François guide la marche et tient un rythme soutenu (pff ces secouristes... On est bien content qu'ils viennent nous chercher rapidement quand on a un accident mais faire de la rando avec eux n'est pas de tout repos ! ;-). Marianne et moi nous contentons de le suivre à 10, 20, 30m... L'écart se creuse rapidement dès que nous faisons une pause jusqu'à ce qu'une centaine de mètres nous séparent. 

Un fois le Lac des Barrancs contourné, nous arrivons ENFIN au col des Barrancs où nous bivouaquerons ce soir. Je peux enfin poser mon sac pour lequel je n'arrive pas à m'habituer à son poids malgré les sorties à répétition. Est ce que lui aussi s'allègera avec les années ? Je l'espère ! 

Quand le bivouac est installé, chacun vaque à ses occupations : goûter, bronzette, sieste... J'opte pour un peu de lecture et me laisse porter dans la face nord de l'Eiger avec Catherine Destivelle. 




Le soir venu, nous sommes tous les trois réunis au bord de la cheminée en dégustant un bon repas... Ah non pardon ! ...réunis au bord d'un réchaud, les fesses posées sur un caillou, dégustant un bol de semoule bien plus apprécié qu'un repas près de la cheminée l'aurait été ! Et en prime, au lieu de manger enfermés entre quatre murs, une vue imprenable surplombe notre salle à manger. C'est bon pour la digestion ! Pour ce qui est de la nuit, la pelouse bien fraîche remplacera le matelas moelleux ! Demain, une grosse journée nous attend. Alors, nous sommes tous les trois emmitouflés dans nos duvets à 21h.


Lundi 5 Juillet 2021

Réveil difficile à 4h30 où nous peinons à sortir de nos duvets. Mais il n'est pas question de prendre du retard, le sommet ne nous attendra pas ! P'tit dej efficace et consistant : on peut compter sur un gâteau banane-chocolat supplément prenium gras et sucre ! 

Lever de soleil pendant l'approche
Le jour se lève et nous prenons de la hauteur. A 6h30, nous sommes au pied de l'arête et nous encordons.

Nous progressons tantôt sur le fil de l'arête, tantôt sur des vires rocheuses en contrebas, tantôt à droite, tantôt à gauche, tantôt en corde tendue, tantôt en faisant des relais... Ce qui est sûr, c'est que nous avançons !
 



Les manips de corde si confuses jadis, me viennent aujourd'hui clairement et naturellement. Pourtant, quand je passe en lead, je me perds à plusieurs reprises dans l'itinéraire par - je cite - "manque de curiosité" (l'expérience de François parle !). A croire que la fâcheuse habitude de marcher la tête baissée dans les pieds me suit encore aujourd'hui ! Aussi, Marianne et François ont la patience et la gentillesse de m'aider, m'expliquer, m'indiquer... Et comme d'habitude, j'apprends beaucoup de ces heures de pratique ! 


Le vent fait des siennes - comme souvent - mais il n'a aucune influence sur notre progression, soldée de sourires et de noix de cajou. Les dernières heures, l'équipe s'impatiente à l'idée d'atteindre le sommet et la fatigue se fait sentir. Un peu avant 13h, nous touchons la croix de l'Aneto (société laïque me direz-vous), cachés dans le brouillard. La satisfaction d'être au sommet est importante et l'absence de visibilité ne gâche rien ! Ça y est, nous sommes sur le Toit des Pyrénées. 


Déjà fiers de l'effort physique fourni, la symbolique de ce sommet participe à la joie collective. Un petit check - plus raisonnable que les bisous et les câlins, merci COVID - et on repart. Une lonnngue descente nous attend et le parking est encore loin !



Sur le glacier (névé est sûrement mieux approprié !), nous perdons vite de l'altitude et les glissades sur les fesses aidant, nous arrivons au col des Barrancs une heure plus tard. Comme nous avions laissé nos duvets, matelas et réchauds pour ne pas avoir à les porter en grimpant, nous les récupérons et en profitons pour prendre un bon goûter qui requinque !

Deux interminables heures plus tard - les descentes sont toujours aussi longues que quand j'étais petite - nous arrivons enfin à la Besurta ! Et, comme si tout était calculé, la navette arrive au même moment. Week-end chanceux ! 

C'est ainsi que s'achève cette belle course qui a remué des souvenirs ! Un grand merci à Marianne et François pour ce beau week-end ! 

Il y a quelques années, en regardant la photo de Papa sur la croix de l'Aneto, ce sommet me semblait infranchissable... Et pourtant...

Papa au sommet de l'Aneto en 2014
Aujourd'hui, la montagne est devenue moins grande, les marches d'approche moins longues et les glaciers moins imposants. Les voies sont devenues plus courtes, mes pas plus rapides et les beaux sommets plus accessibles. Il reste encore bien des choses à faire évoluer et dans dix ans, qu'en sera-t-il ? Affaire à suivre.

Topo de l'arête Salenques Tempêtes